Le type du Boxer


par Robert Alliot

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I - Le Type.

I.1. Définition

Le type est déterminé par la silhouette, la structure du squelette, la forme et le volume des muscles.

Léon Verrier, cynologue averti a écrit : « L'aspect typique et les qualités ethniques de la tête importent avant tout. Il est indifférent que le chien soit bien construit s'il n'est pas racé ». Ainsi le type peut être défini comme un indicateur de pureté de la race.

En ce qui nous concerne il est essentiel de définir le type Boxer de l'analyser sous le double plan de la tête et de l'harmonicité et d'examiner l'imbrication des variations de l'une sur l'autre.


I.2. Le Type Boxer

L'observation du type est guidée par les indications du standard. Chien ramassé, de taille moyenne, robuste et musclé de structure carrée... avec des membres vigoureux, le Boxer doit avoir de la substance corporelle, de la force... Le rapport entre le poids et la taille en fait un chien d'une belle harmonie aux formes athlétiques et denses.

« Le Boxer est fait pour être un athlète au sens hellénique du terme » écrivait Mario Perricone en 1976 dans la revue italienne « Zampe ».

La tête donne à ce chien son expression particulière. Certains traits de caractère tels l'intelligence, la vigilance, le courage, la vivacité donne à cette expression une importance primordiale. Le port de la tête est fier, noble. Le chien a du brio, du « bouquet » dit ?Ducret, dans lequel l'arrogance se partage avec la bonté. Le type de la race n'est pas l'inconsistance, la douce timidité et la fragilité de certaines races de compagnie.


II - Harmonicité

Les proportions entre les différentes masses du corps font qu'un chien est harmonique ou non. Baron a défini l'harmonicité comme étant à la plastique ce que l'harmonie est aux sons, le chien harmonique étant celui dont les parties du corps sont telles qu'aucune d'elles ne jure entre elles ni avec le reste.

L'harmonicité détermine en fait la qualité du chien. Luquet écrit dans son livre « Le Chien » 2e édition

« Que ce soit dans l'ensemble de la silhouette ou des proportions, l'harmonie apparaît comme le critérium des races pures ».

Les volumes, les masses, les proportions sont régis par des rapports tirés eux-mêmes des mensurations des animaux examinés. Ces rapports appelés indices permettent, en zootechnie, l'étude des formats, des mouvements, indices angulaires ou organiques.

Nous ne retiendrons, pour éclairer cet exposé, que trois indices de format et proportions:

l'indice corporel :  longueur du corps / périmètre thoracique x 100

l'indice thoracique .  largeur de poitrine / hauteur de poitrine x 100

l'indice céphalique: largeur entre arcades zygomatiques / longueur de la tête x 100

Selon Solaro et Barbiéri un sujet brachymorphe a un indice corporel compris entre 60 et 70, un mésomorphe entre 71 et 84 et un dolichomorphe entre 85 et 100. L'indice céphalique d'un chien mésocéphale est 50, inférieur à 50 pour un dolichocéphale, supérieur à 50 pour un brachycéphale.

Le Boxer alliant la force, l'agilité, la puissance se trouve placé sur le plan corporel, selon Barbiéri, dans la catégorie des mésomorphes avec un indice corporel de 75 et un indice thoracique de 74. Du fait de la forme concaviligne de son crâne il se situe dans les brachycéphales avec un indice de 59 (*).

Notons au passage ce point particulier qui, apparemment nuit à l'homogénéité harmonique du Boxer, point à peine soulevé dans l'énoncé du Standard. S'il ne fait pas de doute sur la place du Boxer dans les concavilignes de par la forme de sa tête, l'ambiguïté reste entière quand il s'agit de classer un chien médiobréviligne. Luquet pour sa part le classe dans les brévilignes sans référence, hélas, à des valeurs d'indice.

Une question peut enfin se poser. Le fait qu'un chien soit harmonique suffit?il à certifier qu'il est racé. Les formes et les volumes relèvent bien de la plastique alors que l'animal est un être vivant possédant également les caractéristiques psychiques de sa race .que reflète son expression.


III - La Tête.

L'étude de la tête est particulièrement importante dans l'appréciation du type. Cette région reflète les qualités éthniques du sujet ; elle est très peu influencée par le milieu dans lequel vit l'animal. L'observation de face et de profil d'une tête de Boxer est significative de sa qualité raciale.
 

  • par son architecture qui obéit à des règles de longueur, largeur, formes, angles, axes qui sont caractéristiques de la race.

  • par son expression qui est le reflet du tempérament de l'animal de sa distinction, de sa noblesse.


Mais si la tête permet de bien définir le type, elle est également le siège des premiers signes de dégénérescence.


III.1. Proportions

Le profil d'un chien Boxer est découpé selon un crâne légèrement bombé, un front vertical et haut, un stop très marqué, un chanfrein large et remouché, un menton prononcé, des babines fortes, épaisses, fermes, harmonieusement dessinées. la lèvre supérieure se ferme bien sur l'inférieure et le menton en épousant, vue de face, selon Solaro, la forme d'une « anse de seau ». De face encore la tête est faite de deux volumes : Le museau cubique construit sur une denture large, le crâne cubique également proportionné au volume du museau.

Les proportions de ces volumes en forment la qualité, mais la tête doit aussi être proportionnée à la taille du sujet dans ce rôle essentiel d'équilibre qu'elle représente tant sur le plan statique que sur celui du mouvement.

Si le standard est explicite sur les rapports propres à la tête (proportions de longueur et de largeur des différentes composantes par rapport à la longueur de la tête), nous pouvons regretter l'absence de relation entre la longueur de la tête et la longueur du chien. Les mensurations citées précédemment permettent, pour fixer les idées, de donner les chiffres suivants :

si T  = longueur de la tête et H : hauteur au garrot (sensiblement égale à la longueur)



on aura T = 22,22 / 60 ,  soit encore  T = 0,38 H.

III.2. Convergence

En complément aux mensurations crâniennes Solaro et Hugues ont préconisé le tracé de deux lignes longitudinales prises de profil
 

  • une ligne de dessus du chanfrein,

  • une ligne crânienne de la pointe occipitale à l'arcade sourcilière.

Ces deux lignes, dans le cas de la tête optimale du Boxer, doivent se couper d'après les schémas du Dr. de Sanctis sur la truffe ou légèrement en avant de celle-ci. Une intersection au niveau du stop serait le signe d'un nez plongeant, les deux lignes parallèles mettant en évidence un crâne plat et un chanfrein droit (Fig. 1). L'étude des mensurations, indices, proportions, axes, angles permet de classer une race dans son groupe ethnique, de dépister l'apport de sang
extérieur à la race, enfin de préciser les standards.


III.3. Prognathisme

Les volumes et proportions ne suffiraient pas à eux seuls à typer le Boxer si toute la partie avant de la tête n'était pas marquée par la position relative de la mâchoire supérieure et de la mandibule. Le Boxer est prognathe.

Selon Luquet le prognathisme vrai est la position en retrait de la mâchoire supérieure par rapport à la mandibule et non une avancée de la mâchoire inférieure sur la supérieure.

Un point important doit être souligné. Le prognathisme est considéré comme une dégénérescence par bien des auteurs et sanctionné en tant que défectuosité dans l'espèce canine ? excepté chez les brachycéphales ? D'une manière générale la dégénérescence d'une région osseuse se traduit par un raccourcissement de ses rayons et une diminution de son volume.

Nous pouvons donc supposer avec madame Stockmann (Cahier du Boxer 7, 8 de 1970) que l'allemand, créateur de la race Boxer, « recherchant un chien de service puissant et imposant, ne garda des signes de dégénérescence que juste ce qu'il fallait pour imposer à la race type et caractère et s'arrêta dès que ces signes menacèrent d'influencer défavorablement la conformation ».

Dans les faits, un prognathisme correct sur une mandibule droite ne donnerait pas assez de type au Boxer. La mandibule proéminente doit être également incurvée vers le haut dans son extrémité antérieure donnant à la tête son expression volontaire en marquant nettement le menton.


III.4. L'expression

Dans son livre « Le Chien » Luquet écrit

« La faculté d'expression est en relation directe avec les caractères de pureté raciale et c'est l'expression qui définit et reflète en grande partie l'entité raciale d'un individu ».

Nous pourrons en déduire qu'un chien très expressif est très typé. Encore faut-il analyser plus en détail ce que traduit cette expression et comment elle se manifeste.

Parler de l'expression c'est généralement évoquer les jeux de physionomie d'un individu qui reflètent son caractère, son tempérament, ses « états d'âme », sa distinction, sa noblesse. Dans le cas du Boxer ce terme est particulièrement riche de sens tant l'œil sait faire passer l'intelligence et traduit toutes les impressions profondes allant de la joie à la colère ou au doute.

Le port d'oreilles, noble, et les fines rides haut placées sur le crâne exprimant l'attention, la vigilance, le menton volontaire, le museau puissant, carré, agrémenté d'un masque noir bien réparti donnent à la silhouette toute sa particularité. La distinction est encore mise en relief par le port dressé de la tête, la ligne élégante du cou. L'ensemble de ces détails permet de juger de la qualité morale du chien. Sans doute les attitudes, la présence ajoutent à la personnalité bien qu'il s'agisse là davantage de qualités individuelles que raciales.


IV - Variations.

Les variations sont les modifications que peuvent subir un animal à partir des formes déterminées de sa race. Ces variations ne sont pas indépendantes. Elles obéissent aux lois de l'harmonicité. Une variation n'est ni quelconque ni unique mais, selon une loi bilatérale, elle induit des répercussions similaires dans le reste de l'individu. Ainsi, nous avons vu que les caractéristiques céphaliques déterminent le type ; il est donc concevable que les variations de proportions de la tête engendrent des modifications correspondantes sur le corps et même sur les membres. L'étude des indices se fait à partir de rapports entre des longueurs, largeurs, épaisseurs. Les éléments de largeur et d'épaisseur varient dans le même sens et inversement aux éléments de longueur.

Les variations peuvent aller dans le sens de l'accentuation excessive du type de la race hypertypie ? ou vers la dilution de ses caractéristiques ? atypie. .

IV.1. Hypertypie

Dans ce cas les déviations de type s'orientent vers les types qui ont été à l'origine de la race, Boxer : les molossoïdes.

Les hypertypies rencontrées sont à tendance bulldog ou à tendance mastiff.


IV.1.1. Type bulldog.

Ce type est caractérisé par un indice céphalique supérieur à 60. Le crâne est large, le stop très marqué, le chanfrein est très court et très remouché. Cette augmentation des largeurs et la diminution des longueurs de la tête et du chanfrein s'accompagnent fréquemment d'un corps épais et lourd, les membres sont raccourcis (Fig. 2, 3).

En réalité il est possible de trouver des individus avec des têtes larges, plates et un corps à peu près correct ou vice versa, une tête sensiblement normale accompagnée d'un corps près de terre et massif.


IV.1.2. Type mastiff.

La tête est lourde. Les axes longitudinaux sont parallèles du fait d'un crâne plat et t chanfrein droit. Le museau est encore plein, les babines pendantes accompagnent un cou court, épais, souvent chargé de fanon. Le corps est massif sans élégance (Fig. 4, 5).

Dans ce type, la lourdeur prédomine. Nous trouverons dans cette catégorie des femelles grandes et masculines, inélégantes et des mâles trop imposants.


IV.2. Atypie.

La dilution du type intervient quand apparaît l'allongement du chanfrein et de la tête, la faiblesse du museau. Le menton s'efface. Les muscles s'allongent sans augmentation de volume, la poitrine devient insuffisante (Fig. 6, 7).


Plus grave encore est le crâne trop étroit qui va de pair avec un corps trop léger ne correspondant plus au service demandé au Boxer. Ce type de tête est cependant trompeur car le museau semble en proportion avec le crâne et le stop est souvent marqué (Fig. 8, 9). L'élégance l'emporte sur la puissance chez les mâles qui se féminisent, les femelles elles-mêmes, levrettées, n'ont plus la plénitude, leur grâce et leur douceur naturelles, « l'étalon » n'a plus la force, la vigueur, l'arrogance de son sexe. Le chien de type amoindri donne toujours l'impression de posséder moins de force que le chien typé même si celui-ci est de taille inférieure. A taille égale, le chien typé éclate par sa puissance.


V - Conclusion.

Maintenir l'harmonicité du chien Boxer, sa puissance, son expression de conquérant, un prognathisme suffisant, un menton bien marqué est la grande difficulté que les éleveurs affrontent en permanence. S'ils n'y prennent grand soin, par une sélection étudiée et des mariages appropriés, le nez s'allongera, le museau s'affaiblira, vigueur, force et volume s'effaceront devant la légèreté. L'hypertypie ne doit pas être cultivée pour autant, bien qu'il faille, pour ne pas voir disparaître les qualités spécifiques de cette race, préférer le chanfrein un peu court.

Nous conclurons avec Friedrung Stockmann

« Le Boxer sans vigueur et sans masse, avec une tête étriquée, sans type et une faible denture cesse pour moi d'être un Boxer ».

 


(*) Pour le calcul de ces indices les mensurations données sont les suivantes

  • taille : 60 cm
  • longueur : 60 cm
  • périmètre thoracique : 80 cm
  • hauteur de poitrine : 30 cm
  • largeur de poitrine : 22,2 cm
  • >Poids : 32 kg
  • longueur de tête : 22,22 cm
  • >largeur de tête : 13,04 cm.